Rue : une nouvelle arrestation de comédien.

Après Le Choeur de l’art mais Rouge verbalisé à Caen, Alix embarqué à La Rochelle, c’est au tour des Décatalogués d’être empêchés de jouer leur théâtre de rue.

 » Hier, comme certains le savent, à l’heure où je devais jouer, j’ai été arrêté par la police. Oui, arrêté. J’ai du mal à le réaliser en l’écrivant. Je n’ai pas dormi de la nuit, j’essaye de trouver une logique morale, légale, à cette situation mais tout raisonnement abouti à une impasse.

J’étais en costume, on attendait plus que le public et je ne l’ai jamais vu ce public. Motif de l’arrestation ?

RIEN.

Enfin, si: ma dangerosité « supposée ».

Dans le spectacle « la méthode Urbain », j’utilise une arme factice, un pistolet d’alarme classé en catégorie D, en vente libre et dont la détention est autorisée. Faut dire, que cette « arme » est juste un gros pétard réaliste et ne peut pas tirer de projectiles. Non, pas même une déjection nasale.

Qu’interdit précisément la loi à ce sujet ?

« Vous ne pouvez pas porter sur vous ou transporter (dans votre voiture par exemple) une arme de catégorie D sans motif légitime.

En cas de contrôle de sécurité (fouille corporelle, vérification d’un sac, d’un véhicule etc.), vous devez être en mesure de fournir une raison valable qui sera appréciée par les forces de l’ordre, voire par un juge.

Le motif légitime s’apprécie au regard des lieux (manifestation publique, endroit public , etc.), des circonstances et du contexte. « 

J’avoue avoir pensé qu’une représentation théâtrale me semble être un motif assez légitime, l’usage de « l’arme » n’est pas secret et est même visible dans le teaser du spectacle qui est public sur YouTube.
Mais comme, j’ai tendance à être prudent, j’ai averti la boîte de sécu qui surveillait le site de veiller à ce que personne ne s’approche du gros meuble qui me sert de décor dans lequel l’accessoire est rangé et caché à la vue du public. L’agent de sécu a appelé la municipale qui a appelé la nationale… Bref, vous connaissez la suite.

C’est bête, j’aurais rien dit, j’aurais joué.

Faut reconnaître que comme je suis vraiment très prudent, j’avais aussi passé un coup de fil, quelques jours avant, à la préfecture pour avertir de la présence de cet accessoire et le déclarer au service compétent. Vu que c’est une arme en vente libre, il n’y avait pas de services compétents et ils m’ont envoyé voir ailleurs.

Au final, je me retrouve embarqué au commissariat, au lieu d’être devant le public d’Antibes. 
Face au musée Picasso. 
C’est bête, c’est mon peintre préféré. Je me faisais une joie de jouer ce spectacle en face du portrait de l’auteur de Guernica. 
Ce spectacle que j’ai déjà joué plus de deux cent fois dans la rue sans qu’il y ait le moindre problème. Dans la même situation, la police, la gendarmerie m’ont toujours laissé jouer. Ils se sont même souvent un peu foutu de ma gueule, trouvant un peu zélé de ma part de leur signaler la présence de cet accessoire inoffensif. Tellement inoffensif que le public rit de son utilisation dans le spectacle. 
Les policiers d’Antibes m’ont dit que c’était leurs collègues partout ailleurs sur le territoire national qui étaient des incompétents. J’ai trouvé cocasse et un peu inquiétant ce manque de solidarité professionnelle.

Bref, j’ai pas joué hier. Je dois jouer aujourd’hui mais je ne sais pas si on pourra récupérer le matos et ceux qui ont vu le spectacle savent que c’est difficile de faire sans. Je sais que le maire d’Antibes, monsieur Leonetti, essaye de faire le nécessaire avec le commissariat mais je doute que les services de l’état veuillent faire le moindre cadeau au nouveau président de LR.

Quoi qu’il arrive, je serai sur scène aujourd’hui. Soit pour jouer normalement, soit, si rien ne bouge d’ici 19H15, pour parler au public antibois. Face au portrait de Picasso.

Pour le coup, je crains que les mots soient une arme bien moins inoffensive que celle qu’on m’interdit d’utiliser… »

Les arrestations sans infraction se multiplient. Politique du chiffre, contrôle renforcé de la population, liberté d’expression menacée, vertigineuse disparition de la confiance, de l’écoute, du dialogue.

Bien à vous,

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