Révolution jaune : les leçons politiques des ronds-points

Quelle que soit sa suite dans les semaines qui viennent, le soulèvement des gilets jaunes a déjà obtenu plus de résultats concrets que tous les mouvements de protestation depuis plus de 10 ans.

Laurent Jeanpierre montre dans son livre « In girum les leçons politiques des ronds-points » et les formes de lutte sociale que les gilets jaunes ont profondément renouvelé . Ils ont mis en crise non seulement le projet de révolution néolibérale d’Emmanuel Macron et de ses soutiens, mais aussi les catégories de compréhension et d’action des acteurs traditionnels de la politique et du syndicalisme, de même que les cadres d’analyse de la sociologie et de la science politique.
Laurent Jeanpierre souligne en particulier que le mouvement des ronds-points opère une reformulation radicale de la politique elle-même, d’abord en la « localisant ». Et ce n’est plus le travail qui est le principal objet de la politisation (comme c’était le cas depuis le XIXe s.) : c’est l’ensemble des existences, d’abord dans leur cadres spatiaux et sociaux quotidiens.
Les gilets jaunes tendent à rejeter l’abstraction politique, les grandes problématiques idéologiques et les grands cadres institutionnels. Non par incompétence (comme le leur reprochent les professionnels de la représentation et du commentaire), mais parce que les questions importantes se formulent à leurs yeux en termes de conditions de vie tangibles, immédiates, et de perspectives d’avenir effectives pour eux, leurs enfants et leurs aînés. Au cœur de leur politique à eux, il y a non pas des idées générales, mais l’organisation du quotidien, sa gestion, ses dépenses (souvent contraintes, comme celles liées au déplacement et à l’habitat), la sociabilité, l’entr’aide, les échanges. Echanges dont les ronds-points sont un lieu emblématique (en particulier dans la France péri-urbaine où le mouvement trouve ses racines) et que permettent aussi de façon décisive les réseaux sociaux. Autrement dit, les perspectives politiques des gilets jaunes sont avant tout de type communaliste. A bien des égards, elles convergent avec celles d’autres mouvements de lutte de ces dernières années, hors de France souvent, eux aussi enracinés dans des places parce que centrés sur la vie et son espace toujours local en premier lieu.


Auteur : JFB

Père de 6 enfants, grand père de 18 petits enfants Retraité (15 ans de commercial - 25 ans d'accompagnement de vie, bilans de compétences, bilans d'orientation, émergence de projets) Président d'une association menant des actions visant à l'autonomie, notamment alimentaire, énergétique, relationnelle et sociale

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