La démondialisation sera donc le grand retour du politique sur le « technique », de la décision souveraine sur l’automaticité des normes.

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En France, il est très instructif de voir comment les revendications des Gilets Jaunes se sont développées d’une révolte antifiscale au départ à une remise en cause de l’injustice fiscale, puis à une remise en cause de la structure économique qui maintient les salaires et les revenus de la majorité au plus bas, et enfin à une remise en cause du cadre politique avec des revendication comme celle du référendum d’initiative citoyenne, voire avec la demande de démission du président de la République.

La démondialisation sera donc le grand retour du politique sur le « technique », de la décision souveraine sur l’automaticité des normes. Or, le « technique » s’incarne aujourd’hui principalement dans l’économique et le financier. La démondialisation est donc fondamentalement le retour de la souveraineté.

Être souverain, c’est avant tout avoir la capacité de décider (15), ce que Carl Schmitt exprime aussi dans la forme « est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle » (16). Sur cette question de la souveraineté, il ne faudra donc pas hésiter à se confronter, et pour cela à lire Carl Schmitt (17), si l’on veut espérer avoir une intelligence du futur. Car, la question du rapport de la décision politique aux règles et aux normes, et donc la question de la délimitation de l’espace régi par la politique et de celui régi par la technique, est bien constitutive du débat sur la souveraineté (18).

Voir article RUPTURES PRESSE

L’économique au service de la politique

Non que les raisonnements économiques et financiers soient amenés à perdre toute importance. De fait, la prise en compte des éléments économiques du pouvoir et de la souveraineté fait partie intégrante du processus de démondialisation. Non qu’il n’existe non plus, dans nos sociétés, des espaces régis par l’ordre technique, ou du moins des espaces dominés par la légitimité technicienne. Mais, ces dimensions deviendront désormais secondes par rapport au politique, qui recouvrera ses droits. L’économique et le financier redeviendront des instruments au service du politique. Et, avec ce retour en force du politique, nous pourrons avoir celui de la démocratie, d’un ordre qui tire sa légitimité non du marché mais du peuple, qui est mis au service des intérêts du peuple, et qui se matérialise dans le pouvoir du peuple.

La phrase de Lincoln (19), prononcée dans sa célèbre Adresse de Gettysburg le 19 novembre 1863 qui commémorait l’une des plus terribles et des plus sanglantes bataille de la guerre de Sécession(20), « du peuple, pour le peuple, par le peuple » va retrouver tout son sens.

La démondialisation, doit donc être comprise comme le retour de la souveraineté. La souveraineté des Nations bien sûr, que l’on avait analysée dans un ouvrage de 2008 (21), mais aussi la souveraineté du peuple, qui s’y exprime, car cette souveraineté doit prendre la forme en démocratie véritable (et non en démocratie formelle) de la souveraineté du peuple. C’est pourquoi la démondialisation doit être regardée comme positive, car elle implique cette réaffirmation de la souveraineté qui rend possible la démocratie. Elle détermine ainsi le contexte des futurs combats politiques.

Une réflexion sur « La démondialisation sera donc le grand retour du politique sur le « technique », de la décision souveraine sur l’automaticité des normes. »

  1. Article intéressant. j’associerai personnellement « démondialiser » avec « démarchandiser » tout ce qui concerne le bien commun et les services publics. Les travaux de Paul Aries sont dans ce sens exemplaires (voir son dernier ouvrage « Gratuité versus Capitalisme »)
    Cela dit la souveraineté nationale risque de n’être qu’un leurre tant qu’une grande majorité d’individus (citoyen.e.s) ne sera pas elle-même souveraine, ce qui revient à dire en clair que nous avons à apprendre individuellement à être maître de nos décisions, maître de nous-mêmes et autonomes, que ce soit physiquement – sur le plan de la santé ou de l’énergie par exemple – affectivement, relationnellement ou spirituellement.
    A défaut, comme les ruisseaux font les grandes rivières, celles et ceux qui nous gouvernent seront à l’image de notre propre évolution …

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