La classe moyenne n’existe pas.

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« La classe moyenne n’existe pas.
Dans la phase moderne de domination réelle du Capital, il n’y a plus que deux classes:
– la classe capitaliste mondiale de l’anonyme despotisme impersonnel de la loi de la valeur marchande qui a balayé la vieille bourgeoisie vétuste;
– et le prolétariat en tant que classe universelle de tous les hommes dépossédés salarialement de leur existence et condamnés chaque jour à se vendre dans le mouvement autonome de la chosification.
Entre ces deux classes, il n’existe que des couches sociales, autrement dit des catégories intermédiaires, fluctuantes et non essentielles qui – en fonction du cours des évènements – sont amenées tantôt à défendre le système et plus tard à en contester l’arrangement selon que le poids des circonstances les mène ici ou là.
Or, plus le Capital se développe, plus le renforcement aux extrêmes se fait.

Taxis, juristes, cadres, informaticiens, médecins… sont des couches sociales qui vont disparaître.
L’«uberisation» n’est que l’autre nom de la prolétarisation réduisant le statut du travailleur à celui «d’intermittent du spectacle» comme en rêve Jacques Attali.
L’«uberisation» n’est que l’autre nom de l’asservissement capitaliste supérieur du XXIe siècle mené par l’avant-garde entrepreneuriale de la Silicon Valley transhumaniste; et le mouvement gréviste des taxis, même encore aveuglé dans de timides revendications réformistes, en est une des oppositions formelles.
Contrairement à ce que nous apprend, à travers la sociologie et l’économie, l’université en tant que lieu apologétique du crétinisme absolu, une classe n’est pas fixée par le niveau de revenus, ce qui définirait 5, 10, 20, 30 classes à partir d’une découpe empirique de la société.
Une classe se fixe par la place qu’elle joue dans le rapport de production pour promouvoir un projet historique spécifique; c’est le levier objectif à partir duquel une matérialité historique peut avoir lieu.

La communauté universelle sans argent et sans État est possible parce que le Capital ne peut transformer les hommes en robots.
Même s’il robotise leur existence, il ne peut se passer de leur humanité.
L’activité la plus intégrée et la plus servile se nourrit cependant de participation créative et de communication chaleureuse qui disent bien le contraire de l’aliénation tout en passant toutefois par elle…
Il y avait dans la fraternité des tranchées et il y a dans la solidarité au travail toute la misère de l’enfermement capitaliste mais il y réside en même temps une anti-thèse d’intensité qui dit la soif d’un vivre ensemble anti-cupide et anti-hiérarchiste.

L’exploitation n’est pas l’obligation d’être salarié mal payé; c’est une substance d’aliénation et de domestication quelque soit le niveau de salaire.
Seule l’exploitation du travail humain produit de la valeur.
Le robot ne produit pas de valeur; le robot ne fait que transmettre à la marchandise la valeur qui a été cristallisée en elle par l’exploitation du travail humain.
Or, le système capitaliste est une contradiction en procès.
Dans le cheminement concurrentiel du marché, la valeur c’est de l’argent, et l’argent c’est du temps.
Pour produire nécessairement de plus en plus vite, le Capital doit recourir aux robots qui ne produisent pas de valeur alors même que le travail humain qui, seul produit de la valeur, va proportionnellement décroître.
C’est la loi de la baisse du taux de profit.
Plus il y a robotisation, plus le profit est condamné à baisser.
Pour pouvoir avancer, le Capital est ainsi obligé de compenser la baisse du taux de profit par l’augmentation de la masse et on aboutit à ce niveau crisique, explosif, objectif, palpable et tangible, qu’est la saturation des marchés.
On a vécu une première explosion financière qui était la bulle du privé, et là on est en train de connaître une deuxième explosion avec le cas grec qui est celle de l’endettement public.

Le mode de production capitaliste est d’une manière incoercible condamné à s’auto-invalider lui-même.
La crise n’est pas un problème bancaire, un problème d’usure, un problème de mauvaise gestion…
La crise est structurellement liée au fait que le capitalisme est un mode de production impossible, et dès lors que le capitalisme se déploie, il déploie sa propre impossibilité historique.
Est une imposture l’idée qu’un mouvement politique ou syndical pourrait dépasser le statut de la crise par des techniques bancaires, industrielles, échangistes, libre-échangistes, souverainistes, protectionnistes…
La marchandise n’est une divinité éternelle, comme le répètent le FMI et tous les thuriféraires de l’ordre marchand.
Le capitalisme est un mode de production, comme le féodalisme, comme l’esclavagisme, qui a eu une naissance, qui a eu une croissance, et qui aura une mort.
Nous sommes entrés dans la mort du capitalisme, c’est-à-dire dans ce temps où le mouvement qui produit la dialectique de marchandisation du monde, est arrivé au point où il ne peut plus mondialiser son processus. »

(Francis Cousin)

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