Inoculation de la peur chez les enfants

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Conversation des jours à venir, au retour de l’école :
– un parent : « chéri, tu as passé une bonne journée à l’école ? qu’as-tu appris aujourd’hui ? »
– l’enfant: « j’ai appris à rester à ma place, et à avoir peur des autres ». 

Notre imaginaire de la dystopie est largement irrigué par l’univers de la technologie.
Quand nous pensons à des formes contemporaines de gouvernementalité autoritaire, et plus encore à des formes à venir, nous envisageons une batterie d’outils plus sophistiqués les uns que les autres.
Nous voyons des drones et des caméras. Nous pensons à la biométrie et la reconnaissance faciale. Nous nous inquiétons de la capacité qu’ont les entreprises et les gouvernements à nous espionner via nos ordinateurs et nos téléphones. Nous apprenons à vivre avec l’idée que « sphère privée » et GAFAM sont incompatibles, quand bien même nous organisons nos amours, notre militantisme, nos relations personnelles, nos loisirs, notre travail et tout un tas de choses plus ou moins avouables via des outils créés et développés par les GAFAM.
Nous nous insurgeons contre la dématérialisation croissante des échanges – le paiement sans contact réduit censément le risque de contamination par un virus à ARN monobrin, mais il nous accoutume un peu plus à des technologies plus intrusives encore.
Nous savons que certains réfléchissent à implanter des puces sous-cutanées pour remplacer les carnets de santé – et nous regardons avec effaremment certains de nos contemporains installer des apps qui jouent le même rôle sur leur téléphone, jouant ainsi le rôle de cobayes volontaires. Nous avons lu que les assurances envisagent de faire varier leurs frais en fonction de ce que ces apps disent de notre vie – faisons-nous de l’exercice ou bien fumons-nous décidémment trop pour ne pas payer plus ?

Bref : nous envisageons un futur glauque dont la technologie serait un élément central.

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La gestion du confinement depuis deux mois – et, désormais, du déconfinement – nous renforce évidemment dans cette approche : les drones ont bien volé au-dessus de nos têtes pour nous appeler à « rester chez nous » ; des robots chiens ont été observés à Shanghai ; les apps de géolocalisations sont un élément central de la plupart des arsenals de déconfinement.

Mais on a peut-être fini par en oublier que la dystopie, ça n’est pas la technologie. Le contrôle peut aussi être low-tech. Du carton – comme dans cette école de Libourne. Des lignes tracées à la craie, comme dans cette cour d’une école de Tourcoing. L’apprentissage de la peur, qui est un ressort essentiel de toute forme de coercition, n’a pas besoin de sophistification pour opérer.
Plus que les technologies, le problème, ce sont les institutions qui échappent à notre contrôle, qui viennent toujours un peu plus rogner notre autonomie.

On en revient alors à la manière dont le confinement nous a été imposé. Sans doute était-il la seule option possible, étant donnée (étant subie) la destruction du service de l’hôpital public ; l’absence savamment organisée, de stocks de masques ; l’incapacité volontaire à tester massivement la population. Mais il n’y a pas qu’une manière de se confiner.

Celle qui nous a été imposée n’est pas l’unique option, qui s’accompagne d’une rhétorique martiale, d’un déploiement policier ciblé (les quartiers populaires plus que les quartiers riches). Il débouche sur un déconfinement équivalent : il est interdit de se rendre dans les parcs des zones dites rouges, en revanche les métros sont pleins de travailleurs précaires, qui ne peuvent se permettre de travailler depuis chez eux. Les plages sont interdites à Marseille, pas les ports de plaisance, etc.

Suite de l’article BLOG MEDIAPART

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