Efficacité : plutôt la diversité des tactiques que la seule « non-violence »

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Article REPORTERRE / Jonas Lum

La non-violence, «<small class="fine"> </small>une résistance molle<small class="fine"> </small>» qui ne provoque pas de changement profond

Dans « Comment la non-violence protège l’État », Peter Gelderloos tacle la non-violence, qui mettrait en danger les militants plus offensifs en en faisant des cibles de choix pour la répression. Il plaide pour « une diversité des tactiques » dans les luttes.

Peut-on résister à un système aussi violent que le capitalisme par la non-violence ? Non, répond l’activiste libertaire Peter Gelderloos. Dans son livre Comment la non-violence protège l’État ?, il explique pourquoi la non-violence seule ne permet pas (et n’a jamais permis) de provoquer des changements profonds dans la société et ne fait qu’asseoir les privilèges de celles et ceux qui participent à ces mouvements.

Alors que l’État réprime avec une violence grandissante les personnes qui le contestent, les mouvements non violents se multiplient. Cela n’étonne pas l’activiste et auteur libertaire Peter Gelderloos qui déplore que « la plupart des gens qui en viennent à s’impliquer dans des mouvements radicaux n’ont jamais entendu de bons arguments, ni même de mauvais, contre la non-violence ». Il avance au contraire que la non-violence « sert immanquablement les intérêts de l’État ».

C’est pourquoi il a écrit en 2005, Comment la non-violence protège l’État — Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux (How Nonviolence Protects the State). Le livre a été traduit en français en 2016 par un collectif qui l’a publié en accès libre et il est sorti en librairie en 2018 aux Éditions Libre. Dans cet ouvrage, il démonte méthodiquement les arguments utilisés par les militant.e.s non violents pour présenter leur tactique comme supérieure moralement et stratégiquement.

En se déclarant non violents, ces mouvements s’arrogent le droit de décider ce qui est violent ou non

Déjà, il s’étonne que des mouvements préfèrent se définir en premier lieu comme non violents, plutôt qu’anti-sexistes, anti-racistes ou anti-capitalistes. Surtout que la violence pose de sérieux problèmes de définition tant cette notion est subjective. Les actions des pacifistes (par exemple, bloquer le siège d’une multinationale), peuvent être considérées comme violentes par celles et ceux qui les subissent. Et Macron pourrait très bien considérer que les décrochages de ses portraits sont une violence contre lui. En se déclarant non violents, ces mouvements s’arrogent le droit de décider ce qui est violent ou non.

Pour l’auteur, les non violents se placent sur le terrain de la moralité, se souciant plus de rester dans le camp du bien et de la respectabilité (selon les critères définis par le pouvoir) que de stopper de manière effective les violences du système.

Gelderloos s’indigne d’ailleurs du fait que les non violents mettent sur le même plan la violence des opprimé.e.s et celles des oppresseurs. Pourtant, la première n’est qu’une réponse aux violences quotidiennes que le système produit et à l’arsenal répressif qu’il met en place pour les maintenir.

En se limitant au pacifisme, les non violents réduisent l’éventail des tactiques utilisables selon l’auteur.

Ensuite, en se présentant comme « non violents », voire en dénonçant les violences des révolté.e.s comme c’est souvent le cas, les « paciflics » comme il les appelle, reprennent le vocabulaire de l’État, en définissant ce qui est acceptable ou non en manifestation. En se désolidarisant de leurs allié.e.s plus offensi.f.ves, les pacifistes les mettent en danger en en faisant des cibles de choix pour la répression. Et pour Gelderloos, imposer un code de bonne conduite en manifestation est autoritaire car cela revient à interdire à d’autres le droit à « l’auto-détermination dans leurs luttes ». À l’inverse, il ne viendrait à l’idée d’aucun.e activiste révolutionnaire d’imposer « que chaque participant-e à un événement frappe un flic ou lance une brique à travers une vitre ».

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