Corruption de l’état français par Black Rock

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Complément par François RUFFIN

Bonne année… sans BlackRock !

« C’est une mauvaise polémique, assurent les ministres en chœur. Ce n’est pas au dirigeant de BlackRock que cette légion d’honneur est délivrée. C’est à la carrière du haut-fonctionnaire, etc. etc. »
Mais justement : c’est cette carrière qui devrait valoir à Jean-François Cirelli la légion du déshonneur. Après avoir livré Gaz de France aux financiers, va-t-il en faire de même avec les retraites ?

Le Premier ministre Edouard Philippe a donc élevé Jean-François Cirelli, le patron de BlackRock France, au rang d’officier de la légion d’honneur. Avec cette promotion, c’est surtout le niveau du cynisme qu’ils ont élevé.
« On peut tout, nous signifient-ils. On peut tout se permettre. On peut tout s’autoriser. »
Les retraites se transforment en test, vous savez, comme pour la grenouille de la fable, la température de l’eau qui monte, qui monte, et elle qui s’endort, qui s’endort, jusqu’à cuire : nous reste-t-il assez de vitalité pour bondir en dehors du bocal ? Ou notre peuple est-il trop fatigué, trop résigné, trop découragé, pour leur bondir au nez ? Allons-nous accepter, pas seulement qu’un banquier soit installé à l’Elysée, mais qu’il convie au festin ses copains, qu’il nous dirige main dans la main avec les financiers américains ?

Les faits sont connus, désormais. (https://clemenceguette.wordpress.com/2020/01/01/blackrock/)

Dès juin 2017, à peine élu, qui Emmanuel Macron reçoit-il en urgence à l’Elysée ? L’intersyndicale de Whirlpool-Amiens, bientôt délocalisé en Pologne ? Non, Larry Fink, le PDG de BlackRock (qui détient des parts dans Whirlpool). Lui en ressort tout miel : « Nous pensons que cette présidence est positive pour la France et surtout pour l’Europe… »

Mais à l’automne, c’est désormais BlackRock qui reçoit à l’Elysée ! Les clés du salon Murat, où se déroule chaque semaine le Conseil des ministres, sont confiées à Larry Fink. Qui y tient un séminaire avec ses camarades financiers.
Tout est dit.
En une anecdote, tout est dit.
BlackRock s’est installé à l’Elysée.
Il a pris ses aises au cœur du pouvoir français.
Quand, par exemple, la fondation abbé Pierre, ou le Secours populaire, ou ATD-Quart monde, ont-ils obtenu les mêmes faveurs ? Jamais. Jamais.

Mieux, ou pire encore, ce même jour d’octobre 2017, cinq ministres, Bruno Le Maire, Elisabeth Borne, Benjamin Griveaux, Muriel Pénicaud et le Premier d’entre eux, Edouard Philippe, ont défilé devant Larry Fink. Lui ont exposé « les réformes en cours », suppression de l’ISF, marché du travail, etc. Comme des bons élèves devant le maître, espérant une bonne note.
Mais quand Greenpeace, ou les Amis de la Terre, ou Oxfam furent-ils conviés à l’Elysée, à Matignon, avec un défilé de ministres, pour noter à leur tour les « réformes » ? Pour évaluer leur impact sur la planète ? Jamais. Jamais.

Mais même sur l’environnement, deux mois plus tard, en décembre 2017, même lors du One Planet Summit, à qui déroule-t-on le tapis rouge ? Aux financiers, toujours. Les private equity et les fonds de pension anglo-saxons, Larry Fink en tête, demeurent les stars, qui nous évangélisent : « Finance is not the enemy, finance is the key. »

Et je passe ici sur la nomination du patron de BlackRock France, Jean-François Cirelli, au comité CAP22 d’Edouard Philippe, pour « guider l’action publique ». Je passe sur la note « Un bon plan retraite », feuille de route adressée par BlackRock au gouvernement. Je passe sur les louanges, les tonnes d’encens, délivrées par les dirigeants de BlackRock France, Europe, Monde, à Macron, je passe, je passe, je passe, sur cette permanente collusion.

J’en viens au pompon : la légion d’honneur.
« C’est une mauvaise polémique, assurent les ministres en chœur. Ce n’est pas au dirigeant de BlackRock que cette récompense est délivrée. C’est à la carrière du haut-fonctionnaire, etc. etc. »
Mais justement : c’est cette carrière qui devrait lui valoir, et quotidiennement, la légion du déshonneur. C’est pour cette carrière, pour ses manœuvres et ses basses œuvres, qu’il mérite la déchéance.

Faisons bref.

Comme les retraites, Gaz de France est issu de la Libération : en 1945, le ministre Marcel Paul nationalise les réseaux de gaz et d’électricité.
Tout roule.
Jusqu’en 2004. Jean-François Cirelli en est alors PDG. Suivant des directives européennes (validées par Jospin), le gaz est ouvert à la concurrence. Après son élection, en 2007, lors d’un dîner, Nicolas Sarkozy, le promet à ses amis, le milliardaire belge Albert Frère et le milliardaire canadien Paul Desmarais : il va privatiser GDF. L’entreprise fusionne alors avec Suez, dirigée par Gérard Mestrallet, et l’Etat descend à 35% du capital.
Le grand gavage commence. Avant même l’entrée en Bourse, le 15 juillet 2008, tombe cette nouvelle : « GDF-Suez versera un dividende exceptionnel. » C’est l’urgence des urgences : le dividende.

Entre 2009 et aujourd’hui, les dividendes versés aux actionnaires ont représenté trois fois le montant de ses bénéfices. Le taux de redistribution moyen sur cette période est en effet de… 333 % ! Un pactole, au total, qui avoisine les 40 milliards.

Qui en bénéficie ?
Pas les usagers. Les 11 millions de foyers français abonnés au gaz, dont les factures ont explosé. Le tarif de l’abonnement, par exemple, a grimpé de 50 % en trois années de privatisation !
Pas les salariés. Leur intéressement n’a pas dépassé 1%. Et surtout des milliers de postes sont supprimés : GDF disposait, auparavant, de bureaux à Amiens, à Albert, à Abbeville, dans tout la France. Pas seulement à Amiens, pas seulement en Picardie, mais dans tout le pays, il n’existe aujourd’hui plus aucun lieu pour rencontrer les pros du gaz. Tout doit se faire par téléphone… mais mêmes les centres d’appel sont délocalisés, vers le Maroc, le Portugal, l’Île Maurice.
Pas les plus précaires. Comme EDF, GDF a longtemps compté un « service social ». Qui, en cas de coup dur, aménageait les factures. C’est fini avec Engie. Et difficile de négocier avec un téléconseiller qui suit la procédure au bout du monde…
Pas non plus la planète. C’est au détriment de l’investissement que sont versés ces dividendes. Des dizaines de milliards qui ne servent pas, comme il le faudrait, comme l’urgence écologique le réclamerait, à développer des nouvelles technologies, à en finir avec les énergies fossiles.

Qui en bénéficie alors ?
Les actionnaires évidemment. Et quel est le premier d’entre eux, après l’Etat ?

BlackRock. Chaque fois que vous faites chauffer vos nouilles, vous versez une quote-part au fonds américain !

Qui d’autre en profite ?
Le tandem Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli, récompensés pour leur complicité, pour avoir organisé le pillage. En 2004, dans un GDF encore sous statut public, Cirelli ne percevait « que » 300 000 euros par an. En 2013, il touchait un million d’euros de partie fixe, 892 700 euros de partie variable, plus 100 000 actions.

Dans une République où « démocratie » ne serait pas qu’un mot, devrait se dérouler, aujourd’hui, le grand procès d’Engie. Que soient amenés à la barre, comme témoins ou comme accusés, les acteurs de cette liquidation.
C’est un bien de la nation qui fut livré aux financiers.
On nous a volés, on a volé chaque Français.
On en voit les gagnants et les perdants.
Mais ils veulent désormais une encore plus grosse part du gâteau : nos retraites…

S’agit-il d’un « complot » ? Comme l’explique le sociologue Alain Accardo, « il n’est pas nécessaire que les horloges conspirent pour donner pratiquement la même heure en même temps, il suffit qu’au départ elles aient été mises à l’heure et dotées du même type de mouvement, de sorte qu’en suivant son propre mouvement chacune d’elles s’accordera grosso modo avec toutes les autres. La similitude du mécanisme exclut toute machination. »
Emmanuel Macron, et Jean-François Cirelli, ont suivi la même formation, Science-Po, puis l’Ena, puis le ministère des Finances, puis le pantouflage chez Rothschild pour l’un, BlackRock pour l’autre. Un parcours devenu commun chez notre « élite républicaine ». On ne les compte plus, ces hauts-fonctionnaires qui servent l’Etat pour mieux le piller, ces Gérard Mestrallet (Suez), ces Stéphane Richard (Orange), ces Michel Bon (France Télécom), ces Philippe Jaffré (Elf Aquitaine), ces Jean-Dominique Comolli (SEITA), qui passent au privé avec un morceau de la Nation. Ces Michel Pébereau (BNP), François Villeroy de Galhau (BNP), Eric Lombard (BNP encore), Frédéric Lavenir (BNP toujours), cette BNP-Paribas qui a annexé Bercy. Ces Jean-Jacques Barberis (Amundi), Bruno Bézard (Cathay Private Equity), Thierry Aulagnon (Société générale), qui conseillaient François Hollande, et que cet « adversaire », la Finance, aura su charmer. Le dernier scandale en date, Hugh Bailey, hier « conseiller industrie » au ministère de l’Economie, au moment où Emmanuel Macron cède Alstom au rabais à General Electric, et aujourd’hui quoi ? directeur France de General electric… dont BlackRock est un actionnaire.
Avec toutes ces trahisons, on peut remplir le Bottin mondain, et l’essai de Laurent Mauduit, La Caste, s’apparente à épuisant catalogue. Aussi, l’heure n’est plus à accuser la corruption d’un homme. C’est la corruption d’une classe. C’est la corruption d’un système. Car ces parcours communs forgent une psychologie, une idéologie commune : le marché, c’est mieux que l’Etat. Les services publics, c’est dépassé. Et pour eux, l’intérêt général se confond avec l’intérêt des multinationales, qui sont les nouveaux seigneurs, qu’on doit servir d’abord, qu’on doit contenter, en vassal, avec des « réformes ».

« Tant mieux si les Américains investissent en France », j’entends.
Tant mieux, peut-être.
Mais je rappellerai le premier sens d’investir, définition qui date de 1410 : « Mettre en possession d’un fief, entourer avec des troupes, cerner, encercler, assiéger. Investir une place forte (de l’italien investire, entourer avec des troupes un objectif militaire). «
L’autre définition n’arrive que longtemps après, en 1922 : « employer, placer des capitaux dans une entreprises. »

Dans ses vœux, avec un certain culot, Emmanuel Macron a cité le Conseil national de la résistance, comme pour mieux l’enterrer. Mais que visait ce programme à la Libération ? « L’indépendance à l’égard des puissances d’argent » et « l’indépendance à l’égard des puissances étrangères ». Quand lui nous offre les deux : la dépendance aux puissances d’argent étrangères !

Eh bien, il nous faut résister.
Résister à ces nouveaux seigneurs, résister à leurs complices.
Croit-on, vraiment, que BlackRock et ses relais cherchent avant tout le bien commun ? Le bonheur des retraités français ? Que les travailleuses et travailleurs de ce pays bénéficient d’un repos mérité ?
Le mal qu’ils ont fait à Alstom, qu’ils ont fait à Alcatel, qu’ils ont fait à Arcelor, qu’ils ont fait à Engie, etc. etc. ils vont le faire à nos retraites.

Il faut un sursaut.
Pour que la démocratie ne glisse pas, mollement, veulement, définitivement, vers la ploutocratie.

Un sursaut, je dirais, aussi, pour notre indépendance, pour que la France ne se courbe pas devant les dollars, pour que notre pays ouvre un autre chemin, une autre espérance : qu’ « travailler plus pour produire plus pour consommer plus », comme le hamster dans sa roue, on substitue un « les hommes et la planète ont besoin de repos ! »

Cet avenir, ça commence jeudi prochain.
Ce 9 janvier.
Dans la rue avec vos copains, cousins, voisins !

Et d’ici là : meilleurs vœux !
Amour, gloire et beauté !

A mardi : https://www.facebook.com/events/997629130599048/

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